On comprend maintenant pourquoi les industriels se disputent les puces de mémoire. Mais concrètement, que représente cette crise pour celui qui souhaite monter un PC, remplacer son SSD ou agrandir le stockage de son NAS ? Les chiffres relevés en Europe sont particulièrement impressionnants.
La DDR5 : de 75 à 447 euros pour un kit de 32 Go
Le site allemand 3DCenter suit régulièrement les prix de différents composants informatiques à partir des offres disponibles sur le comparateur Geizhals. Son relevé du 17 octobre 2026 permet de comparer les tarifs avec ceux de juillet 2025, avant la principale flambée.
À l'époque, un kit de 32 Go de DDR5 composé de deux barrettes de 16 Go, à 6000 MT/s, pouvait se trouver à partir de 75 euros. En octobre 2026, la configuration équivalente débute à 447 euros ! Les prix relevés sont ceux des offres disponibles les moins chères pour une catégorie technique donnée, et non ceux d'un modèle précis resté inchangé.
Sur l'ensemble des vingt catégories de DDR5 étudiées, 3DCenter mesure une augmentation moyenne de 459 % depuis juillet 2025. Cela correspond à un niveau de prix environ 5,6 fois supérieur. Et même si la hausse mensuelle a ralenti à 2,7 % entre septembre et octobre, les tarifs ont encore établi un nouveau record.
La DDR4 n'est pas épargnée. Les huit catégories de mémoire DDR4 étudiées affichent une hausse moyenne de 288 % sur la même période. La disparition progressive de certaines lignes de production et le report de la demande vers les anciennes générations participent à cette situation. Posséder un ancien PC ne protège donc pas nécessairement de l'inflation !

Les SSD deviennent eux aussi des produits coûteux
Pour les SSD, l'évolution est un peu moins extrême, mais reste considérable. Toujours selon 3DCenter, les SSD internes coûtent en moyenne 147 % de plus qu'en juillet 2025, sur son échantillon de catégories comparables.
Un SSD M.2 PCIe 4.0 de 2 To sans mémoire DRAM dédiée, proposé à partir de 98 euros en juillet 2025, atteint désormais 230 euros. En fonction des capacités et des caractéristiques, certaines références ont davantage augmenté que d'autres. Les modèles de très grande capacité sont particulièrement coûteux.
Cette augmentation est directement liée à la NAND Flash, dont les fabricants privilégient une part croissante de leur production pour les SSD destinés aux entreprises. Ces derniers équipent notamment les centres de données nécessitant des accès rapides à de grandes quantités d'informations.
TrendForce estimait fin septembre que les prix contractuels de la NAND Flash progresseraient encore de 15 à 20 % au quatrième trimestre 2026. Attention : il s'agit d'une prévision de prix entre industriels, pas d'une augmentation automatique de 20 % sur le SSD vendu dans votre magasin.
Même les bons vieux disques durs sont concernés
On pourrait penser que les disques durs mécaniques échappent à cette crise puisqu'ils n'utilisent pas la mémoire NAND Flash pour stocker les fichiers. Pourtant, leurs prix ont eux aussi fortement augmenté.
Dans le relevé allemand, un disque dur interne de 8 To disponible à partir de 126 euros en juillet 2025 coûte désormais 283 euros. L'indice moyen des disques durs internes étudiés affiche une hausse de 158 % depuis cette période.
La raison est différente de celle des barrettes de RAM. Les centres de données continuent d'acheter énormément de disques durs pour conserver des volumes gigantesques de données à un coût relativement faible. Or la fabrication de modèles professionnels de grande capacité demande des investissements importants et une transition vers de nouvelles technologies d'enregistrement.
Le fabricant Seagate a ainsi vu son chiffre d'affaires annuel progresser de 34 % sur son exercice 2026, porté notamment par la demande des centres de données. Western Digital a de son côté annoncé une croissance de 44 % de son chiffre d'affaires au quatrième trimestre de son exercice 2026.
Ces bons résultats financiers ne constituent pas, à eux seuls, une preuve de hausse des prix pour tous les modèles. Ils confirment cependant la vigueur de la demande professionnelle, tandis que les relevés de magasins montrent que les particuliers paient eux aussi davantage.

Les cartes graphiques aussi passent à la caisse !
Les joueurs PC ne sont pas épargnés par cette flambée. Si les cartes graphiques utilisent une mémoire différente de celle des barrettes installées sur nos cartes mères, elles dépendent elles aussi des grands fabricants de DRAM. Les GeForce et Radeon modernes embarquent notamment de la GDDR6 ou de la GDDR7, des mémoires spécialement conçues pour offrir des débits élevés.
Or, selon TrendForce, les producteurs réduisent progressivement leurs capacités consacrées à la GDDR6, tandis que la fabrication de GDDR7 reste limitée. Une partie des ressources industrielles est privilégiée pour les mémoires destinées aux serveurs et aux applications d'intelligence artificielle. Résultat : les prix de la mémoire graphique augmentent également, ce qui renchérit la fabrication des cartes.
Les conséquences sont déjà visibles dans les magasins européens. Les relevés de Tweakers montrent une augmentation des tarifs de nombreuses GeForce et Radeon depuis le début de l'année 2026, particulièrement sur le haut de gamme. En France, Cowcotland signalait même, le 17 octobre, une RTX 5090 affichée à 6 499,90 euros dans son suivi hebdomadaire ! Un montant spectaculaire, qui correspond toutefois à une offre précise et non au prix de toutes les RTX 5090.
Attention cependant : la mémoire n'explique pas à elle seule ces augmentations. Le coût des processeurs graphiques, les stocks disponibles, la demande pour certains modèles et les marges commerciales interviennent également. Il serait donc trompeur d'attribuer l'intégralité de la hausse des cartes graphiques à l'intelligence artificielle.
Ordinateurs et smartphones : la hausse se répercute
La crise ne touche pas uniquement ceux qui assemblent eux-mêmes leurs ordinateurs. Les fabricants de PC portables et de smartphones doivent également acheter de la RAM et des puces de stockage, parfois à des prix beaucoup plus élevés qu'auparavant.
Selon Counterpoint Research, la seule hausse du prix des composants mémoire pouvait entraîner, au premier trimestre 2026, une augmentation de 25 % du coût total des composants d'un smartphone d'entrée de gamme représentatif, à caractéristiques inchangées.
De son côté, Gartner prévoyait en février une augmentation moyenne de 17 % des prix des PC et de 13 % de ceux des smartphones en 2026. Ce sont des projections mondiales, et non des augmentations déjà constatées sur chaque modèle commercialisé en France ou en Belgique.
Pour préserver leurs marges, certains constructeurs peuvent aussi réduire les capacités proposées ou limiter les améliorations entre deux générations. Les acheteurs risquent alors de payer davantage, sans nécessairement obtenir un appareil mieux équipé.
Au final, l'impact dépasse largement le prix des barrettes de mémoire : c'est toute la chaîne de l'informatique grand public qui se retrouve sous pression.
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