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Proton : son patron recule sur l'IA après la colère des salariés

samedi 31 octobre 2026 à 9h15 Par Michaël Mulkens Actualité n° 15876

ProtonQuand une entreprise spécialisée dans la protection de la vie privée commence à demander à ses ingénieurs de privilégier la vitesse de développement aux vérifications de sécurité, forcément, cela fait grincer quelques dents. Mais chez Proton, la situation semble avoir dépassé le simple désaccord technique ! Une enquête publiée le 29 octobre 2026 révèle de fortes tensions entre la direction et plusieurs salariés, sur fond d'utilisation intensive de l'intelligence artificielle.

Face à la polémique, Andy Yen, le patron de l'entreprise suisse derrière Proton Mail, Proton VPN et Proton Pass, a finalement annoncé ce vendredi 30 octobre l'annulation d'une série d'entretiens destinés à évaluer l'utilisation de l'IA par ses employés. Un recul important, même si la stratégie générale reste inchangée.

Quand demander des tests de sécurité devient un problème

L'affaire a pris une tout autre dimension avec la publication d'une enquête du média américain 404 Media. Après avoir interrogé huit salariés actuels et un ancien employé, et examiné plusieurs échanges internes, les journalistes décrivent une direction particulièrement pressante concernant l'adoption de l'intelligence artificielle.

L'un des épisodes les plus révélateurs remonte à la fin août. Un ingénieur proposait de consacrer quelques jours à des tests d'intrusion pour vérifier la sécurité d'un nouveau code avant sa mise en production. Andy Yen aurait alors qualifié cette approche de « mentalité de perdant », estimant qu'il était parfaitement possible de développer rapidement tout en maintenant un niveau de sécurité élevé.

Le patron aurait également encouragé ses équipes à arrêter de développer manuellement autant de code et à s'appuyer davantage sur l'IA. Selon les informations recueillies par 404 Media, Proton a même installé des outils permettant de mesurer la proportion de code générée par intelligence artificielle.

Et la pression ne s'arrêterait pas là. La direction avait prévu de faire repasser des entretiens à de nombreux salariés, du 4 au 11 novembre, pour évaluer leur maîtrise des nouveaux outils. Un courrier interne indiquait clairement que les résultats pourraient avoir des conséquences sur les responsabilités et le maintien dans l'entreprise.

Proton fait marche arrière, mais pas sur l'IA

Vendredi 30 octobre, nouveau rebondissement : après plusieurs jours de critiques, Andy Yen a réuni les employés pendant près de deux heures et annoncé l'annulation de ces fameux entretiens.

D'après les informations obtenues par 404 Media, qui a eu accès à un enregistrement de la réunion, le dirigeant a reconnu avoir mal communiqué avec ses équipes. Il assure également qu'une réorganisation aura bien lieu en novembre, mais qu'aucun emploi ne sera supprimé à cause de l'intelligence artificielle.

En revanche, pas question d'abandonner sa stratégie. L'utilisation de l'IA restera une priorité, et certains critères initialement prévus pour les entretiens pourraient désormais être intégrés aux évaluations habituelles des employés.

Les réactions internes sont partagées. Certains salariés considèrent cette annulation comme un premier progrès. D'autres estiment que la direction cherche surtout à calmer la polémique sans modifier réellement ses pratiques.

Et la sécurité de Proton Mail dans tout ça ?

C'est probablement la question la plus importante pour les utilisateurs. Proton s'est construit une réputation autour du chiffrement, de la confidentialité et de la protection des données personnelles. Des services pour lesquels la confiance représente évidemment un élément essentiel.

Dans une réponse publiée sur Reddit, Andy Yen affirme que ses propos ont été sortis de leur contexte. Selon lui, Proton réalise aujourd'hui davantage de contrôles de sécurité qu'auparavant, notamment grâce à des modèles d'IA spécialisés dans la recherche de vulnérabilités. Les vérifications humaines restent également présentes.

À ce stade, rien ne permet d'affirmer que les services de Proton sont devenus moins sûrs, qu'une vulnérabilité aurait été introduite par l'IA ou que les données des utilisateurs seraient compromises. La polémique concerne avant tout les méthodes de développement, les conditions de travail et les priorités de la direction.

Mais pour une entreprise qui demande à ses clients de lui confier leurs messages, leurs mots de passe et leurs documents personnels, l'image compte presque autant que les promesses techniques. Et visiblement, Andy Yen va devoir convaincre ses propres équipes avant de rassurer tout le monde.