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Ecosia abandonne Mistral pour des IA chinoises : drôle de tournant pour la souveraineté européenne

samedi 10 octobre 2026 à 13h27 Par Michaël Mulkens Actualité n° 15626

EcosiaCoup dur pour Mistral AI et pour les ambitions européennes dans l'intelligence artificielle. Le moteur de recherche allemand Ecosia a décidé d'abandonner les modèles de la jeune entreprise française au profit de solutions développées en Chine. Une décision d'autant plus surprenante qu'Ecosia avait choisi Mistral quelques mois auparavant pour réduire sa dépendance aux géants américains.

En mai dernier, Ecosia avait en effet remplacé les technologies d'OpenAI par celles de Mistral pour alimenter ses résumés de recherche et son assistant conversationnel. Mais cinq mois plus tard, le bilan ne semble pas avoir convaincu Christian Kroll, fondateur du moteur de recherche.

Selon ses déclarations rapportées par Politico, les modèles français n'auraient pas offert la qualité attendue. Ecosia aurait également rencontré des problèmes de disponibilité des serveurs, tout en jugeant les tarifs trop élevés. Le passage à de nouveaux modèles permettrait, d'après l'entreprise allemande, de réduire ses coûts d'environ moitié tout en améliorant les résultats.

Pour remplacer Mistral, Ecosia se tourne notamment vers Qwen, GLM et Kimi, des modèles développés par des entreprises chinoises. Ceux-ci seront exploités par l'intermédiaire de Melious, une plateforme allemande d'hébergement de modèles d'intelligence artificielle. Une distinction importante : utiliser un modèle conçu en Chine ne signifie pas nécessairement envoyer les recherches des utilisateurs vers des serveurs chinois.

Mais ce sont surtout les autres arguments avancés par Ecosia qui font réagir. Christian Kroll s'interroge sur la souveraineté réelle de Mistral, dont le financement implique plusieurs investisseurs internationaux. Il évoque également les objectifs environnementaux de son entreprise, estimant problématique la place importante du nucléaire dans la production électrique française.

Ce dernier argument suscite particulièrement la controverse. Si l'énergie nucléaire soulève des questions environnementales, elle produit relativement peu de CO2 lors de la génération d'électricité. Le réseau électrique français affiche ainsi une intensité carbone nettement inférieure à celle de l'Allemagne, où les centrales fossiles conservent une place importante.

Arthur Mensch, cofondateur de Mistral AI, a d'ailleurs réagi publiquement en rappelant que son entreprise proposait également l'hébergement de modèles ouverts, y compris ceux développés par d'autres acteurs. Il a aussi ironisé sur l'argument du nucléaire.

Au-delà de cette polémique, la décision d'Ecosia illustre les difficultés de l'intelligence artificielle européenne. Entre performances, coûts d'exploitation, consommation énergétique et indépendance technologique, les entreprises doivent parfois arbitrer entre des objectifs contradictoires. Et pour Mistral, l'enjeu est désormais de convaincre que ses solutions peuvent rivaliser avec les alternatives internationales, au-delà de leur origine européenne.