Quelques jours à peine après la publication de résultats financiers records chez AMD, l'ambiance a radicalement changé dans le secteur des semi-conducteurs. Ce jeudi 5 novembre 2026, les actions des principaux fabricants de puces ont plongé à Wall Street, entraînant dans leur chute une bonne partie des entreprises liées à l'intelligence artificielle.
AMD a perdu jusqu'à 15 % en séance, Nvidia près de 9 %, tandis que Micron, Sandisk, Qualcomm et plusieurs autres groupes ont également subi de lourdes pertes. L'indice de référence des semi-conducteurs américains, le Philadelphia Semiconductor Index, a même reculé de plus de 11 % à un moment de la journée, son plus fort plongeon intrajournalier depuis mars 2020.
La cause ? Les investisseurs commencent à se demander si les sommes gigantesques investies dans les centres de données consacrés à l'intelligence artificielle pourront réellement produire les bénéfices espérés. Et plusieurs événements récents viennent compliquer l'équation.
AMD, Nvidia et Micron dans la tourmente
La séance du 5 novembre restera probablement dans les mémoires des investisseurs spécialisés dans la technologie.
En milieu de journée à New York, AMD enregistrait une baisse proche de 15 %, Nvidia perdait environ 9 % et Micron figurait également parmi les fabricants de mémoire les plus durement touchés. Sandisk, Western Digital, Marvell et plusieurs autres acteurs du stockage ou des semi-conducteurs ont connu des reculs à deux chiffres.
Les pertes se sont propagées au reste du secteur technologique. Le Nasdaq Composite, qui regroupe de nombreuses entreprises américaines de la technologie, a perdu jusqu'à environ 5 % en séance.
L'indice Nasdaq 100 s'est lui aussi fortement replié, avec une réduction estimée de sa capitalisation boursière pouvant atteindre 2 000 milliards de dollars au cours de la journée.
Précisons immédiatement ce que cela signifie : les entreprises n'ont pas perdu 2 000 milliards de dollars de liquidités dans leurs comptes bancaires. Il s'agit d'une baisse de la valeur attribuée à leurs actions par les marchés financiers.
Les variations citées correspondent à des niveaux observés pendant la séance du jeudi 5 novembre, et non nécessairement aux cours de clôture définitifs.
L'IA rapporte beaucoup, mais coûte encore davantage
Ce retournement peut sembler paradoxal. Les grandes entreprises de la technologie continuent d'annoncer des investissements massifs dans l'intelligence artificielle, et les fabricants de composants accumulent les commandes.
AMD a ainsi dévoilé des revenus historiques au troisième trimestre 2026, principalement grâce à ses processeurs EPYC et à ses accélérateurs Instinct destinés aux centres de données.
Le constructeur multiplie également les partenariats avec les géants du numérique. Nous avions notamment détaillé son investissement d'un milliard de dollars dans l'intelligence artificielle de Meta, illustration des sommes considérables engagées dans cette course à la puissance de calcul.
Mais les investisseurs ne se contentent plus des annonces de nouveaux centres de données et des prévisions de croissance spectaculaires.
Ils veulent désormais savoir combien ces infrastructures rapporteront réellement, et surtout à quelle vitesse les dépenses engagées pourront être amorties.
Car construire un centre de données moderne nécessite bien davantage que quelques processeurs. Il faut des accélérateurs graphiques très coûteux, des quantités importantes de mémoire, des équipements réseau, mais aussi des bâtiments, des systèmes de refroidissement et une alimentation électrique capable de supporter une consommation gigantesque.
Lorsque les taux d'intérêt augmentent et que les financements deviennent plus difficiles à obtenir, les projets les plus ambitieux peuvent rapidement se transformer en casse-tête financier.
Les centres de données deviennent aussi un problème politique
Les élections américaines de mi-mandat, organisées le 3 novembre, ont ajouté une nouvelle incertitude. La victoire des démocrates au Congrès et dans plusieurs régions où les centres de données sont particulièrement nombreux pourrait conduire à un encadrement plus strict de leur construction.
Dans certains États américains, de nouveaux projets rencontrent déjà une opposition croissante des habitants, notamment en raison de leur consommation d'électricité, de leurs besoins en eau et de leur impact sur les réseaux énergétiques locaux.
Les investisseurs craignent désormais que certaines autorisations soient retardées, voire que des projets soient suspendus.
Selon une analyse d'UBS relayée par Reuters, environ 30 % des nouvelles capacités de centres de données prévues aux États-Unis pour 2028 pourraient être exposées à un risque de report lié à d'éventuelles restrictions.
Il ne s'agit pas de 30 % de centres de données déjà annulés, mais d'une estimation des projets potentiellement menacés si ces contraintes se concrétisent.
Et pour les fabricants de puces, le raisonnement est simple : moins de centres de données construits, ou des constructions retardées, signifie potentiellement moins de commandes de processeurs, d'accélérateurs IA et de mémoire à court terme.
Qualcomm ajoute une mauvaise nouvelle
Comme si cela ne suffisait pas, les dernières publications financières de Qualcomm ont également refroidi les investisseurs.
Le spécialiste des puces Snapdragon a déçu les attentes concernant ses ventes de composants destinés aux smartphones. Son action a perdu environ 10 % pendant la séance du jeudi.
Ce résultat rappelle que tous les segments du marché des semi-conducteurs ne profitent pas de la même manière de l'engouement pour l'intelligence artificielle.
Les centres de données peuvent afficher une croissance exceptionnelle pendant que les fabricants de processeurs pour PC ou smartphones subissent un ralentissement des commandes.
Intel avait d'ailleurs déjà prévenu que la flambée des prix de la mémoire pénalisait les ventes d'ordinateurs. Les tensions sur les composants commencent donc à produire des effets très différents selon les activités des fabricants.
Faut-il s'attendre à une baisse des prix des cartes graphiques ?
Pour les joueurs PC, une question se pose naturellement : si Nvidia et AMD perdent autant en Bourse, leurs cartes graphiques pourraient-elles enfin devenir moins chères ?
Malheureusement, les deux phénomènes ne sont pas directement liés.
Une chute du cours de l'action Nvidia ne réduit pas automatiquement le coût de fabrication d'une GeForce RTX. Les prix des cartes graphiques dépendent surtout de la production, des stocks disponibles, de la mémoire vidéo, de la concurrence et de la demande des consommateurs.
Si les investissements dans l'intelligence artificielle ralentissaient durablement, certaines tensions sur les composants pourraient éventuellement diminuer. Mais rien ne permet actuellement de prévoir une baisse rapide des prix des GPU ou de la RAM.
Un fabricant peut très bien perdre 15 % de sa valeur boursière tout en continuant à vendre ses produits plus cher que quelques mois auparavant.
Un avertissement, pas encore l'éclatement de la bulle
Cette dégringolade montre que les investisseurs deviennent nettement plus exigeants à l'égard des entreprises liées à l'intelligence artificielle.
Il serait néanmoins prématuré d'affirmer que la bulle de l'IA vient d'éclater. Les commandes de processeurs et d'accélérateurs restent importantes, les grandes entreprises poursuivent leurs projets et les bénéfices de certains fabricants continuent de progresser.
La question n'est donc pas nécessairement de savoir si l'intelligence artificielle possède un avenir, mais si toutes les entreprises qui misent actuellement sur cette technologie pourront rentabiliser leurs investissements au rythme espéré.
Plusieurs analystes estiment d'ailleurs que la réaction des marchés pourrait être excessive, les projets retardés pouvant éventuellement être déplacés vers d'autres régions ou réalisés plus progressivement.
Les événements du 5 novembre marquent malgré tout un changement d'ambiance. Après des mois durant lesquels annoncer un nouveau centre de données suffisait presque à enthousiasmer Wall Street, les investisseurs commencent à regarder de beaucoup plus près le prix de cette croissance.
Une évolution qui pourrait, à terme, influencer les investissements des fabricants de puces et l'équilibre de toute l'industrie informatique.
Les premières analyses détaillées de cette chute sont disponibles dans l'enquête publiée le 5 novembre par Reuters.
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